Portrait du réseau #27 – Clémence Graveau

« Je ne me suis jamais vraiment posé la question de l’accessibilité de ces métiers, en fait, et encore aujourd’hui je pense qu’il ne faut pas se la poser : il faut y aller ! » 

Clémence Granveau est diplômée de Sciences Po Lille en 2013 et a ensuite suivi un master sur les énergies alternatives à Mines Paristech. Intéressée par les énergies alternatives, l’industrie et les infrastructures de services à l’environnement, elle est passée par Total et Voltalia avant de rejoindre Suez. Elle a lancé le Cercle SPAF Développement Durable et Transition il y a six mois. 

Ton intérêt pour le secteur de l’énergie était-il déjà présent dès ton entrée à l’IEP ? 

Quand je suis entrée à Sciences Po je voulais être conservatrice de musée ou attachée culturelle, donc rien à voir avec ce que je fais aujourd’hui ! J’ai fait un stage en 3A au cours duquel j’ai travaillé sur la gestion de l’eau et des biens communs. J’ai alors découvert les questions relatives à la préservation de l’environnement et les conséquences sociales et économiques des modes de gestion de nos ressources. C’est aussi toute la littérature sur le changement climatique qui m’a amenée à m’intéresser davantage à l’énergie, en particulier aux technologies alternatives et renouvelables, dont on parlait moins qu’aujourd’hui. J’ai bifurqué vers l’énergie et l’environnement en complétant mon diplôme de l’IEP par un master spécialisé à Mines Paristech sur les énergies alternatives. 

Pourquoi et comment es-tu entrée aux Mines Paristech ? 

Après l’IEP, j’ai postulé à plusieurs masters en tentant une formation franco-chinoise aux Mines de Paris pour avoir une compréhension aussi concrète que possible. A l’entretien d’admission j’avais été très honnête sur le fait que je ne sois pas ingénieure et que j’avais d’autres compétences à apporter, et c’est justement ce qui a fonctionné. On était 4 non-ingénieurs sur une vingtaine d’élèves, et j’étais la seule à venir d’un IEP ! Cette formation m’a apporté beaucoup de choses qui me servent encore aujourd’hui. J’incite les étudiantes à ne pas se mettre de frein, ne pas se dire que ces métiers sont réservés à d’autres mais identifier ce qu’elles peuvent y apporter et comment s’y former, comment faire passerelle entre ces enjeux de transition, leurs conséquences socio-économiques et la dimension technique. Je ne me suis jamais vraiment posé la question de l’accessibilité de ces métiers, en fait, et encore aujourd’hui je pense qu’il ne faut pas se la poser : il faut y aller ! 

Tu dis qu’avoir un profil généraliste est une force, mais comment se spécialiser par la suite ? 

L’expertise vient de plusieurs façons : on peut en effet faire un master spécialisé pour avoir la double casquette « sciences po/ingénieure » et c’est vrai que c’est assez utile pour commencer car ce sont des secteurs dans lesquels on trouve beaucoup d’ingénieurs et qu’il ne faut pas avoir peur des chiffres. Mais dans ces secteurs très larges, les exercices les plus formateurs restent les projets concrets et les expériences. Je conseille aussi de se tenir informée, car c’est une matière qui évolue rapidement. Une partie de formation est ainsi accessible de façon autodidacte. Il faut vraiment bien avoir à l’esprit que les sujets évoluent en même temps que la science et les méthodologies associées, et c’est ce qui rend le sujet certes complexe, mais hyper intéressant. 

Peux-tu me décrire tes deux expériences chez Total et Voltalia et ce qu’elles t’ont apporté ? 

J’étais en stage chez Total dans l’équipe Energies nouvelles de l’époque, et je travaillais sur le développement de centrales solaires en Asie, principalement. Je faisais des analyses de marchés et assistais ma boss sur de la gestion de projets et les business plans. C’était une application très concrète de ce que j’avais appris aux Mines et à l’IEP, car je travaillais avec des équipes d’ingénieurs sur le volet technique des projets tout en produisant des analyses économiques et de marché. Ça m’a apporté une bonne connaissance de la réalité du marché des énergies renouvelables. Chez Voltalia, cotée en bourse, j’ai découvert tous les aspects juridiques et financiers relatifs à la cotation, aux opérations de marchés. J’y ai passé 5 ans en CDI et mon job n’a fait qu’évoluer. L’entreprise est passée d’une petite PME implantée dans quatre pays à une ETI présente dans 20 pays en quelques années ; c’était génial de voir ça aux premières loges. J’ai aussi monté le département Développement durable de l’entreprise et mis en place plusieurs programmes environnementaux. C’est le lot des boîtes en croissance : tu commences couteau-suisse puis tu te spécialises!

En quoi consiste ton poste chez Suez ? 

Je m’occupe actuellement de la performance extra financière de l’entreprise, c’est-à-dire les éléments qui témoignent de ses résultats sur les sujets environnementaux et sociaux. C’est une sous-branche des métiers de développement durable qui fait la passerelle avec la finance. Avec mon équipe on s’occupe de sujets liés à la finance durable comme la mise en place de la taxonomie européenne ; un règlement européen de juin 2020 qui requiert que les entreprises traduisent leur performance environnementale et climatique en chiffre d’affaires et en dépenses d’investissement et d’exploitation. Les choses bougent beaucoup au niveau de la réglementation européenne pour que les entreprises et acteurs financiers intègrent encore davantage le climat et la biodiversité dans leurs process internes, par exemple. La question du moment est justement la création d’un référentiel commun pour que les informations à ces sujets soient plus accessibles, comparables et fiables, car il y a encore des disparités d’un secteur et d’un pays à un autre. On travaille aussi sur l’évaluation des risques physiques liés au changement climatique, par exemple quels sont les impacts d’un réchauffement à trois degrés d’ici 50 ans sur une entreprise, ses actifs et ses activités. 

Recommandes-tu aux étudiantes intéressées par ces secteurs de passer par ces entreprises ? 

Je recommande surtout de varier les tailles d’entreprises et le type de structure car la nature des départements et des fonctions développement durable varient beaucoup selon l’organisation de l’entreprise et de son secteur d’activité. Certains enjeux sont plus matériels dans le luxe que dans l’énergie par exemple. C’est très intéressant de voir les différentes réalités que cela recouvre. Cela dit, je recommanderais surtout de ne pas s’arrêter à l’intitulé d’un poste car on peut contribuer au développement durable et à la transition de plusieurs façons : bosser dans l’ESS, au sein d’une entreprise engagée sur ces sujets, dans les services à l’environnement, voire dans une industrie qu’il faut faire évoluer. 

Tu as lancé le Cercle Développement Durable et Transition de SPAF, de quoi parlez-vous ? 

Ce qui m’a intéressée avec les Cercles c’est de proposer aux étudiantes qui le souhaitent d’échanger avec des diplômées en poste sur ces thématiques, et aussi de pouvoir favoriser cette formation informelle, justement, voire de se mobiliser ensemble. Au début, je voulais comprendre les attentes des participantes. On a démarré avec des échanges sur la notion d’impact, sur les métiers et les carrières, sur le fait d’être une femme, d’avoir une formation généraliste et d’évoluer dans des environnements assez masculins et techniques. On réfléchit à faire des sessions thématiques, avec des interventions de diplômées, sur des sujets comme l’écoféminisme, l’économie circulaire, les droits humains ou encore l’éco anxiété. On discute aussi d’actualité et on a une conversation LinkedIn dans laquelle on partage pas mal d’actualités, de recommandations et des annonces de jobs qu’on voit passer, aussi, car le secteur recrute ! 

As-tu des ressources à conseiller pour s’informer sur ces thématiques ? 

Voici un extrait de la sélection des membres du cercle : le podcast De cause à effets sur France Culture pour une immersion dans les sujets environnementaux et l’actualité, le podcast 2030 glorieuses qui met en avant de super initiatives et qui donne autant d’idées de jobs que d’espoir pour la suite. Le média Novethic pour découvrir les enjeux actuels des entreprises sur le DD, Les pandas roux, la plateforme qui met en avant les bonnes idées de transition créée par Léa Debourdes (lire son portrait) et enfin le site « Les pépites vertes » qui donnent des ressources pour se former et identifier les jobs engagés. On finalise une liste plus exhaustive qu’on partagera plus tard dans le mois aux adhérentes avec des livres, films, documentaires etc. Et surtout, on invite toutes les membres de SPAF qui le souhaitent à se joindre à nous pour un cercle ou à proposer des intervenantes, voire leurs témoignages ! 

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