Loi handicap de 2005 : ce qu’elle garantit vraiment, de la MDPH à l’école
La loi qui encadre les droits des personnes handicapées en France est la loi n° 2005-102 du 11 février 2005, « pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées ». Elle pose un principe simple : la société doit s’adapter, et non l’inverse. Voici ce qu’elle définit, les aides qu’elle a créées et où en est son application.
Qui est concerné et sur quels principes repose la loi
Une définition légale du handicap
Pour la première fois, la loi donne une définition du handicap dans le droit français. Constitue un handicap toute limitation d’activité ou restriction de participation à la vie en société subie dans son environnement en raison d’une altération substantielle, durable ou définitive d’une ou plusieurs fonctions. Cette altération peut être physique, sensorielle, mentale, cognitive ou psychique. Le polyhandicap et le trouble de santé invalidant entrent aussi dans le champ du texte. On cite souvent quatre grandes familles : moteur, sensoriel, cognitif et psychique.
Quiz : que savez-vous de la loi de 2005 sur le handicap ?
8 questions, une à la fois. La correction s’affiche après chaque réponse.
Cette définition a une conséquence pratique : le handicap n’est pas seulement lié à la personne, il résulte aussi de la rencontre avec un environnement inadapté. C’est ce qui justifie les obligations d’accessibilité.
Égalité, non-discrimination, accessibilité, compensation
Trois principes sont régulièrement mis en avant : l’égalité des droits, la non-discrimination et l’accessibilité. Un quatrième les complète, le droit à compensation, adapté au projet de vie de chaque personne. La logique est celle du droit commun d’abord : on rend l’environnement accessible avant de recourir à des solutions spécifiques.
Les dispositifs créés ou renforcés par la loi
La MDPH, guichet unique
La loi a institué les maisons départementales des personnes handicapées (MDPH). Elles accueillent, informent, orientent et accompagnent, puis évaluent les besoins. Sur cette base, un plan personnalisé de compensation (PPC) est élaboré, et les droits sont attribués. C’est l’interlocuteur à saisir pour la plupart des démarches : personne concernée, parent ou aidant peuvent s’adresser à la MDPH de leur département.

PCH, AAH, AEEH : ne pas les confondre
Ces trois prestations répondent à des besoins différents. Le tableau suivant les distingue, ainsi que les organismes d’insertion professionnelle.
| Dispositif | Public | Objectif |
|---|---|---|
| PCH (prestation de compensation du handicap) | Enfants et adultes | Financer des aides humaines, techniques, animalières, l’aménagement du logement ou du véhicule |
| AAH (allocation aux adultes handicapés) | Adultes | Garantir un revenu minimum |
| AEEH (allocation d’éducation de l’enfant handicapé) | Familles d’enfants handicapés | Aider aux frais d’éducation et de soins, en remplacement de l’ancienne AES |
| Agefiph | Salariés et employeurs du privé | Soutenir l’emploi et le maintien dans l’emploi |
| FIPHFP | Agents et employeurs publics | Financer l’insertion dans la fonction publique |
En 2022, on comptait plus de 1,2 million de bénéficiaires de l’AAH, 435 000 de l’AEEH et 410 000 de la PCH.
École et emploi : ce que la loi change concrètement
La scolarisation en milieu ordinaire
La loi fait de la scolarisation en milieu ordinaire le principe, avec des aménagements quand c’est nécessaire. Les chiffres montrent le chemin parcouru : environ 130 000 élèves handicapés étaient scolarisés en 2005, contre plus de 520 000 en octobre 2024. Les accompagnants (AESH) sont environ 140 000 en 2024, en hausse de 90 % depuis 2013, et l’on compte 11 000 dispositifs ULIS. Dans l’enseignement supérieur, on est passé de 7 500 étudiants handicapés en 2005 à 64 500 à la rentrée 2024.
L’obligation d’emploi à 6 %
L’obligation d’emploi des travailleurs handicapés (OETH) impose un taux de 6 % aux employeurs concernés, ceux de 20 salariés ou plus. La loi l’a étendue à la fonction publique et a créé le FIPHFP. Un employeur qui n’atteint pas ce taux contribue financièrement, et ces fonds soutiennent des actions d’insertion et de maintien dans l’emploi.
L’accessibilité : un droit à calendrier
Cadre bâti, transports, numérique
L’accessibilité vise le cadre bâti, la voirie, les transports, les services publics et le numérique. Depuis 2015, les agendas d’accessibilité programmée (Ad’AP) permettent aux établissements recevant du public (ERP) de s’engager sur un calendrier de travaux. Sur environ 2 millions d’ERP, 700 000 sont entrés dans ce dispositif et 350 000 sont déclarés accessibles. Côté transports, 62 % des 33 011 arrêts prioritaires interurbains sont accessibles, et 237 gares régionales ont rempli leurs objectifs. Un fonds territorial d’accessibilité peut financer jusqu’à 50 % des travaux et équipements.
Penser l’accessibilité comme une chaîne
Une image aide à comprendre : une nappe de table n’est utile que si elle recouvre toute la surface, sans bord qui dépasse ni trou. L’accessibilité fonctionne de la même façon. Un commerce doté d’une rampe, mais dont le trottoir d’accès est inadapté, ou dont le site de réservation n’est pas lisible par un lecteur d’écran, reste inaccessible dans les faits. La loi raisonne donc en chaîne de déplacement et de service, de la voirie au numérique, et c’est ce qu’il faut vérifier quand on constate un obstacle.
Les évolutions depuis 2005 et où trouver l’information
Ce qui a changé depuis le vote
La loi a été prolongée par plusieurs réformes. L’AAH a été revalorisée de 25 % entre 2008 et 2012, puis déconjugalisée en 2023. La PCH a été élargie en 2021, 2022 et 2023, notamment aux aides à la parentalité et, dans certains cas, sans limitation de durée. La loi du 8 juillet 2013 et la loi pour une école de la confiance du 26 juillet 2019 ont renforcé l’école inclusive. Une conférence nationale du handicap se tient tous les trois ans.
Consulter le texte et être aidé
Le texte intégral de la loi est publié sur Légifrance, mais il est technique : il modifie notamment le Code de l’action sociale et des familles. Pour les démarches, mieux vaut commencer par la MDPH de son département, puis s’appuyer sur Mon Parcours Handicap et Handicap.gouv.fr. Le site accessibilite.gouv.fr rassemble une centaine de ressources, outils et formations pour les acteurs publics et privés.
Pour toute demande, il est utile de se rapprocher de la MDPH afin de vérifier les conditions d’éligibilité et les pièces à fournir, qui dépendent de chaque situation.



