Portrait du réseau #30 – Myriam Zekagh

« Il faut se donner la liberté de tenter des choses, même si ça foire. Ça permet au moins de savoir ce qu’on ne veut pas faire. »

Myriam Zekagh est diplômée de Sciences Po Lille en 2013. Intéressée par les relations internationales et le Moyen-Orient, elle a notamment travaillé en Allemagne, en Libye et en Tunisie. Elle est ensuite devenue consultante freelance dans le secteur de la coopération européenne et internationale. 

Comment t’es-tu intéressée aux relations internationales ?

J’avais un profil généraliste et j’avais du mal à faire des choix. Je suis entrée à Sciences Po Lille dans la filière franco-britannique et j’ai fait ma première année en Grande-Bretagne. J’ai alors eu beaucoup de temps pour tenter des choses. Je me suis intéressée aux relations internationales à force d’expériences et d’engagements, parfois juste pour aider des potes d’ailleurs. Je me bats contre un sentiment d’illégitimité et m’amuser enlève cette pression. J’avais par ailleurs une curiosité pour le Moyen-Orient de par mes origines algériennes.

Après un passage à Berlin, tu es arrivée à Acted en Libye, que retiens-tu de cette expérience ?

J’ai beaucoup appris auprès des staffs locaux, je me suis intégrée, j’ai fait mon trou. Au bout d’un an, j’étais la plus ancienne de la mission car il y a un important turnover dans l’équipe. J’avais besoin de repos et j’ai réalisé que je ne voulais pas mener une vie sur le terrain. D’ailleurs je n’y étais pas préparée. Si tu veux une famille, garder contact avec tes proches, il faut faire des choix. Aujourd’hui je sais que je ne retournerai pas sur le terrain inconditionnellement. Je me réoriente par ailleurs sur l’Europe. 

Comment savoir si on est fait pour travailler dans ce domaine ?

Si j’ai un conseil c’est d’essayer de se défaire du côté parcours tout tracé, « je dois réussir ». Il faut se donner la liberté de tenter des choses, même si ça foire. Ça permet au moins de savoir ce qu’on ne veut pas faire. Il faut aussi contacter des personnes que vous ne connaissez pas forcément et qui travaillent dans les organismes qui t’intéressent pour s’assurer qu’elles en valent la peine, pour savoir quels sont les sacrifices à faire pour atteindre ces positions. D’autant que les gens adorent partager leurs expériences !

Y a-t-il des spécificités à être une femme sur le terrain ?

On en parle peu mais il y a les agressions sexuelles. En tant qu’expatriée, tu peux te retrouver à la merci d’un employeur ou d’un client. Et en tant que Française issue de l’immigration, on me parlait parfois mal dans la rue alors que ma copine blanche à côté était respectée. Encore une fois je conseille de contacter des femmes sur place pour leur demander quel est leur vécu.

Pourquoi as-tu fait le choix de devenir freelance ?

C’était une façon de trouver un compromis entre vie personnelle et vie professionnelle. J’étais en Tunisie depuis deux ans et demi et je travaillais pour Altai Consulting, une boîte très humaine. J’avais besoin de retourner en Europe et je me suis rendue compte que j’avais des compétences et que je pouvais les vendre. J’apprécie aussi d’avoir des points d’étape sur mon travail avec mes clients et de pouvoir me concentrer sur la qualité plus que sur la quantité.

Qu’est-ce que tu conseilles aux femmes qui souhaitent se lancer ?

C’est plus intelligent de développer sa base de clients avant de se lancer, de réseauter et de faire connaître ses compétences. Sinon on se retrouve vite à devoir gérer en même temps le démarchage, la mise au point de sa méthodologie, la communication, les impôts, l’URSSAF… Pour moi ça commence à décoller tout doucement parce que j’ose proposer mes services, je suis davantage dans la proactivité alors qu’avant j’attendais qu’on me demande des services. Aujourd’hui je sais combien de temps une tâche me prend et j’intègre dans le prix le temps de démarchage et le temps administratif. A noter que le démarchage est une compétence qu’on peut ensuite vendre à des clients.

Pourquoi avoir repris des études en sociologie ?

Je voulais avoir l’opportunité de ne pas bâcler mon travail. Je veux développer une plus-value à travers de la formation ponctuelle, des évaluations, de la collecte de données. Je veux être dans une logique de transmission et non pas arriver dans un pays en développement et dire voilà ce qu’il faut faire. J’ai pour projet de faire une thèse pour apporter une expertise concrète et réaliser des projets à portée sociale.

Que penses-tu de SPAF ?

Je suis arrivée dans l’association il y a quelques semaines et je m’occupe de la levée de fond public. J’ai hâte de pouvoir aider et apporter mes compétences. Ça me fait du bien de voir des femmes qui ont atteint certains statuts et qui ont des parcours intéressants, qui ont réussi grâce à leurs compétences, qui ne se prennent pas la tête. Dans les échanges, je vois du respect et du travail bien fait.

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