Portrait du réseau #26 – Lucie Montel

« Pour celles qui se demandent ce qu’elles vont faire de leur vie : chill. Faites des choses qui vous intéressent avec des gens qui vous respectent. »

Lucie Montel est diplômée de Sciences Po Lille en 2011. Après un premier emploi en région Île-de-France, elle est passée par Berlin puis Londres où elle a créé son entreprise, « Project Integrity ». Elle est aujourd’hui consultante en développement durable pour les entrepreneur.se.s.


Qu’est-ce que tu te voyais faire pendant tes études ? 

Je me suis d’abord intéressée à l’économie et à la finance, puis à l’environnement pendant ma mobilité en Californie. Je me disais « il faut changer le monde ! ». Je me suis orientée vers la diplomatie et les relations internationales et j’ai fait un stage au Ministère des affaires étrangères. J’ai su que je ne travaillerai pas dans un si gros organisme. Je ne voyais pas comment avoir un impact. C’est pour cela que je me suis orientée sur le local. A cette échelle, tu peux voir le résultat de tes actions. Après mon master en développement économique de l’interface public-privé, j’ai fait un stage dans une agence publique de promotion de la région Île-de-France à l’international. Il a débouché sur un CDD que je n’ai pas reconduit et je suis partie à Berlin.

A Berlin, tu as baigné dans un environnement d’entrepreuneur.se.s, peux-tu m’en dire plus ?

Après plusieurs activités d’animation de communautés de start-ups, j’ai intégré un gros groupe allemand qui voulait créer un campus à Berlin à destination d’autres groupes industriels souhaitant faire de l’innovation digitale. Je faisais beaucoup de mise en relation et de développement de partenariats. Je me disais que c’était ma voie. A un moment donné, ça a arrêté de me passionner et je me tuais à la tâche alors j’ai arrêté. Je me suis demandé, à quel moment ai-je perdu le fil de ce qui m’animait ?

C’est là que tu es revenue à l’environnement, comment ça s’est passé ?

Je me suis lancée dans une période d’apprentissage et de remise à niveau. J’ai suivi tous les cours en ligne gratuits que je trouvais autour de l’environnement et de l’économie circulaire. On a décidé de partir à Londres avec mon compagnon. Je suis arrivée le 4 mars 2020… (rires) J’ai eu des entretiens mais pas de jobs qui me passionnaient. Après quelques mois  à vivre sur mes économies, je me suis dit qu’il fallait que je monte ma boîte.

« Project Integrity », pourquoi ce nom ? 

L’intégrité, c’est ma valeur clé. J’ai eu tellement d’expériences de gens qui magouillent, peu respectueux, qui ne s’intéressent pas à avoir un impact positif tant qu’ils font de l’argent. J’ai vu trop de gens réussir alors qu’ils n’étaient pas animés par de bonnes valeurs. Je voulais m’entourer d’entrepreneur.se.s qui les avaient. De mon côté, je réfléchis à mes privilèges de femme blanche hétéro valide et je fais attention aux inégalités. Je pourrais prendre des stagiaires non rémunérés mais ce serait les répéter. Je veux trouver des gens qui n’ont pas les mêmes chances, et le faire au moment où j’aurais les ressources pour les payer.

Quels services proposes-tu ?

Je suis consultante développement durable. Je donne les clés aux entrepreneur.se.s pour partir sur de bonnes bases et mesurer leur impact au niveau environnemental et sociétal. Et comme ils n’ont pas toujours l’argent pour du conseil, je m’associe souvent avec des incubateurs et des structures de soutien.

Comment ça se passe pour le moment ?

Je suis confiante pour l’avenir sur le long terme. A court terme, ce n’est pas toujours évident. Avec la pandémie, il faut préserver sa santé mentale. Il faut trouver la motivation, gérer ses émotions et les angoisses. C’est compliqué aussi d’être solo. Je ne pensais pas monter ma boîte seule. 

Comment fais-tu face ?

Il faut connaître ce qui marche pour soi. Je ne me laisse pas happer par les réseaux sociaux, par les profils de gens qui font plein de trucs supers. Comme je suis extravertie et que je me nourris de rencontres, j’ai recréé ça en ligne, même si ça ne remplace pas tout. Je me suis construit un nouveau réseau à Londres par exemple. Et j’ai élargi mes horizons. SPAF a été un cadeau de l’univers dans ce contexte. J’ai pu me connecter avec des femmes inspirantes et aux profils très différents. Avoir aussi des cercles pour échanger sur ses vulnérabilités, ça redonne de la force.

Quels conseils pour oser quitter un emploi, oser monter sa boîte ?

Ma tendance c’est partir sans réfléchir. Ce qui m’a permis de le faire c’est d’avoir des économies. Quand c’est possible de le faire, chercher ailleurs en restant en poste ou alors chercher à évoluer en interne dans une branche qui nous intéresse davantage. Et pour l’entrepreneuriat, il est possible de tester une idée et de commencer à y travailler en restant en poste également.

Tu as plusieurs expériences de mentorat, c’est important pour toi ?

Le mentorat va avec mes valeurs : donner à l’autre en premier. Et d’ailleurs tous les engagements que j’ai pris m’ont apporté et appris des choses. Ça permet de booster sa confiance en soi. En ce moment, j’accompagne deux entrepreneurs, en Indonésie et au Kenya. L’un a une super idée mais a des difficultés à la vendre, je lui donne des conseils. Avec l’autre, on parle d’animation de communautés. Quelle que soit l’entreprise, on réalise qu’on a toujours des choses à apporter.

Tu as touché à plusieurs domaines, est-ce compliqué d’avoir un profil généraliste ?

J’ai redéfini ma carrière plusieurs fois et il y a deux manières de l’envisager : être dans le doute angoissé ou se dire que tout est possible. Pour celles qui se demandent ce qu’elles vont faire de leur vie : chill. Faites des choses qui vous intéressent avec des gens qui vous respectent. Vous pouvez créer le monde et le boulot de votre choix. Les sciencepistes, nous sommes des généralistes spécialisées, on peut s’improviser expert sur un sujet en moins d’une heure. Il s’agit juste de la manière de présenter son parcours et d’écrire sa propre histoire.

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