Portrait du réseau #21 – Alice Loffredo

« Dans une journée, je peux parler de précarité menstruelle le matin, de prise en charge des auteurs de violences conjugales l’après-midi et d’égalité professionnelle en fin de journée. »

Alice Loffredo est diplômée de Sciences Po Lille en 2009. Elle a commencé sa carrière dans le milieu associatif institutionnel avant de passer par l’IRA (institut régional d’administration) de Nantes. Aujourd’hui, elle est directrice adjointe aux droits des femmes et à l’égalité entre les femmes et les hommes à la préfecture de Normandie. Elle revient sur ses missions actuelles et sur son parcours jusqu’à la fonction publique, de l’IEP à la préparation du concours.

En quoi consiste votre poste exactement ?

Nous mettons en œuvre une politique ministérielle. Mon travail consiste notamment à repérer les besoins de professionnalisation des associations, et ce via des déléguées départementales davantage sur le terrain, et de les accompagner. Nous avons à la fois un rôle de relais, de coordinateur et d’impulsion. Nous pouvons par exemple faire en sorte que certains sujets soient pris en compte. Nous sommes également chargé.e.s de la gestion du budget.

Avez-vous l’impression de changer les choses à votre échelle ou au contraire, est-ce parfois frustrant de ne pas pouvoir faire plus ?

C’est une chance dans un parcours professionnel de pouvoir travailler sur un sujet qui nous importe. Je me l’étais à la base interdit, je ne voulais pas limiter cette cause à mon travail. Aujourd’hui, j’encourage à aller vers ces postes-là. Dans une journée, je peux parler de précarité menstruelle le matin, de prise en charge des auteurs de violences conjugales l’après-midi et d’égalité professionnelle en fin de journée. Les choses bougent beaucoup et nous sommes au cœur de ces changements. Nous avons fait des progrès, notamment au niveau des violences faites aux femmes ; elles sont moins tolérées et on emploie le mot féminicide par exemple. Il y a toujours des choses qu’on voudrait faire plus mais nous sommes contraints en terme de temps et dans nos moyens humains et financiers.

Est-ce compliqué de travailler sur tous ces sujets au quotidien ?

Les déléguées départementales sont plus exposées que nous aux enjeux des violences faites aux femmes. Je pense que quand on travaille sur ce sujet, il faut savoir pourquoi on le fait. Prendre conscience que les violences sont systémiques et qu’on agit contre cela permet de prendre du recul sur les situations individuelles.

Que conseillerez-vous à des étudiantes qui veulent un poste similaire au vôtre ?

Je n’ai pas fait de gender studies, mais je pense que si les étudiantes choisissent ce cursus, il faut l’adosser à d’autres compétences professionnelles : ressources humaines, budget, gestion de projet par exemple. Pour accéder à la fonction publique, il faut plutôt passer les IRA, même s’il est possible d’être recrutée comme contractuelle ou en détachement de la fonction publique territoriale. Je leur dirais également de ne pas se décourager. Le passage à l’IEP peut être un moment difficile, on peut se sentir seule, on n’est pas tou.te.s là pour la même chose mais on peut y trouver son compte.

Pourquoi avoir quitté le milieu associatif pour passer le concours des IRA ?

Le réseau associatif pour lequel je travaillais reposait sur mes épaules quand j’ai eu ma première fille. Je me suis rendu compte que si mon enfant avait eu un souci, j’aurais perdu mon job. C’était vertigineux d’en prendre conscience. Plus généralement, ce milieu est très précaire et demande

beaucoup de travail et d’investissement pour un salaire plutôt faible. J’avais besoin de pouvoir prendre un arrêt maladie si un jour j’en avais besoin. La fonction publique m’a semblé être une possibilité d’avoir une carrière dans un cadre plus sécurisé.

Vous avez passé le concours en travaillant et en ayant un bébé, comment gère-t-on ?

Si vous êtes deux, je conseille de passer un contrat avec son ou sa conjointe, lui dire « j’ai besoin de tel nombre d’heures par jour ou par semaine pour préparer mon concours ». Comme ça, les révisions ne s’ajoutent pas à des tâches, elles les remplacent ; votre partenaire les prend en charge. En plus, ça oblige à travailler car cette organisation pèse sur le quotidien de la famille. Il faut aussi regarder les taux d’admission pour évaluer ses chances. Je n’aurais pas passé l’ENA dans ces conditions par exemple. J’ai travaillé autant que j’ai pu, j’ai probablement été l’une des dernières admises mais je suis sortie major de la promo en administration territoriale de l’État !

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