Portrait du réseau #20 – Adriana Peyruse

« La crise sanitaire offre des opportunités, elle force à innover, à réinventer des secteurs. »

Adriana Peyruse est diplômée de Sciences Po Bordeaux en 2018. Elle y a suivi un parcours en management de projets et s’est spécialisée sur l’économie sociale et solidaire (ESS) et l’innovation sociale. Elle a créé Les Impacteurs en mars 2020 afin d’aider des organisations à monter des projets à impact positif.


Comment l’envie de faire de l’entrepreneuriat t’est venue ?

Quand je suis arrivée à Sciences Po Bordeaux, j’étais sûre que je serais magistrate. L’année de la mobilité (2A), j’ai décidé de rester en France pour faire du droit. Cette année-là, je me suis aussi investie dans un projet humanitaire et j’ai découvert que j’adorais créer des choses. En 3A, j’ai continué le droit tout en me formant au marketing digital et en m’intéressant à l’innovation technologique, aux start-ups. J’étais tiraillée. Quand je me suis retrouvée à regarder comment se mettre en disponibilité en tant que juge pour monter une boîte, j’ai compris que c’est là-dedans que je voulais aller.


Qu’est-ce qui te plaît dans l’entrepreneuriat ?

Pour moi, ça n’a pas de sens de travailler pour quelqu’un d’autre. Je n’ai pas de motivation si je ne le fais pas pour moi. Je voulais aussi pouvoir concilier vie professionnelle et personnelle, contrôler mon environnement de travail et pouvoir exploser tous les plafonds de rémunération, d’impact et de notoriété si je travaillais bien. Quand on entre dans une grosse entreprise, on sait déjà plus ou moins où on va finir et avec quel argent. Je ne supporte pas d’avoir ce plafond au-dessus de ma tête.


Peux-tu me parler des Impacteurs ?

Nous sommes quatre cofondateurs. Au départ nous étions une agence de conseil très classique en innovation sociale. Une de nos activités était de faire émerger des projets à impacts positifs au sein d’écoles ou d’entreprises par exemple. Plus récemment, on est parti sur un modèle plus numérique avec une plateforme qui permet d’apprendre à lancer ces projets en mettant à disposition notre expertise. N’importe qui avec une idée peut ainsi la développer. Si on sensibilise tous les entrepreneur.euses à monter ce genre de projets, on peut faire bouger les lignes !


Vous avez lancé la start-up en mars dernier, le Covid-19 a-t-il eu un impact ?

Le premier confinement nous a donné un coup d’énergie majeure. On a eu peur et du coup on a plus bossé. On faisait de très grosses journées et on a profité de ne pas avoir de distraction ou de rendez- vous clients – on travaille aussi dans une agence de stratégie digitale qu’on a créée à quatre – pour prendre du recul et se consacrer au développement. Finalement, ça a été un accélérateur. On travaille beaucoup, peu importe la période, mais le Covid-19 ajoute quand même un stress quant à l’avenir.


Conseillerais-tu à des étudiant.e.s de se lancer dans le contexte actuel ?

Il n’y a pas de bon moment pour entreprendre. La crise sanitaire offre par ailleurs des opportunités, elle force à innover, à réinventer des secteurs. Notre plateforme par exemple avait du sens dans ce contexte. Je pense que l’associatif est une voix à privilégier, monter une association ou des projets associatifs permet d’apprendre les mêmes choses qu’on rencontre dans une boîte mais en prenant moins de risques. C’est aussi l’occasion de rencontrer des gens et pourquoi pas ses futur.es collaboreur.trices.


D’ailleurs, comment les choisit-on ?

C’est indispensable, avant de signer des statuts ensemble, d’avoir expérimenté une collaboration. Ensuite, il faut avoir des conversations sur les ambitions personnelles qui permettent de comprendre les décisions et les comportements des autres, mais aussi se parler de nos modes de fonctionnement, les horaires par exemple. On peut aussi vérifier nos complémentarités.


Quels sont tes objectifs en venant donner des cours d’entrepreneuriat à Sciences Po Bordeaux ?

L’entrepreneuriat n’est pas très connu dans les cursus de type Sciences Po. Je voulais désacraliser la chose et briser les idées reçues. On peut s’attendre à ce que ce soit un truc de capitaliste qui veut gagner beaucoup d’argent, ou au contraire que c’est difficile financièrement. Je veux montrer que n’importe qui peut le faire. Aujourd’hui sur le marché de l’emploi, les « profils entrepreneuriaux » sont valorisés, il s’agit de gens qui ont l’esprit d’initiative, de la créativité, de l’ambition, du culot, qui sont capables de remettre en question l’ordre établi. Et tout cela peut s’apprendre.

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