Portrait du réseau #17 – Marine Binet

« Il faut savoir prendre le sillage de femmes qui nous inspirent. Je m’entoure de personnes que j’admire. »

Marine Binet est diplômée de Sciences Po Lille en 2012. Elle a étudié les relations franco-allemandes et s’est intéressée à la construction de l’Union Européenne. Elle dirige aujourd’hui la branche bruxelloise du réseau de transport d’électricité qui s’occupe des lignes de haute tension sur le territoire français. Elle fait aussi partie du pôle local de Sciences-Po au Féminin à Bruxelles.

Peux-tu me détailler ton parcours, très axé sur l’Europe, l’énergie et l’environnement ?

Je me suis intéressée à l’Europe dans le cadre des relations franco-allemandes, qui me fascinaient car ce sont des pays qui ont mis de côté des conflits pour créer un espace de vie pour les citoyens. En parallèle de mon M2 à Sciences Po Lille, j’ai fait un an au Collège de l’Europe de Varsovie en Pologne, une « ENA européen ». Après avoir travaillé à la représentation permanente de la France auprès de l’UE à Bruxelles sur les questions nucléaires, je suis revenue en France et j’ai rejoint le réseau de transport d’électricité. En 2016 il a été question de créer une antenne en Belgique. J’en ai pris la direction en 2017. Je travaille comme lobbyiste auprès de nombreux interlocuteurs, des États, des universités, des parties prenantes privées…

A quels défis as-tu été confrontée au cours de tes études et de ta carrière ?

Je suis la première de ma famille à avoir fait de longues études et une grande école. Quand je suis sortie major de ma promo à Sciences Po, j’en étais la première surprise, même si j’ai toujours été un rat de bibliothèque. Je me suis longtemps trimballée le syndrome de l’imposteur. Dans le secteur de l’énergie, ce sont essentiellement des ingénieurs. Je travaille en politique mais je dois aussi maitriser des sujets techniques. Mon jeune âge est aussi une difficulté. J’ai 32 ans. Les gens sont parfois étonnés que je sois à ce poste-là à mon âge. Et je suis maman. Certains disent que mon prochain poste ne sera pas à responsabilités parce que j’ai une petite fille. Mais ça c’est moi qui en déciderai. 

Comment fais-tu face à ces remarques et comportements sexistes ?

J’ai appris à répondre, en passant par l’humour ou en déplaçant la situation, en demandant ce qu’il penserait si je m’adressais à lui de cette manière. Être mère, être responsable de quelqu’un d’autre, ça m’a aidée à prendre confiance en moi. J’ai aussi appris à poser ma voix pour prendre la parole en public et à dépasser le syndrome de l’imposteur.

Des conseils pour le dépasser justement ?

C’est comme avec les amies, il faut s’entourer de personnes positives. Moi j’ai eu les deux, des amies qui m’ont tirée vers le haut et d’autres vers le bas. Ma mère est quelqu’un de très inspirant, de fort. J’ai aussi lu beaucoup d’ouvrages féministes. Il faut savoir prendre le sillage de femmes qui nous inspirent. Je m’entoure de personnes que j’admire. Et on se rend compte qu’on est pas les seules à vivre ces plafonds de verre. C’est rassurant de voir que c’est le système qui est comme ça et que le problème ne vient pas de nous.

Pourquoi t’être engagée chez SPAF et que faites-vous à Bruxelles ? 

J’ai vu que des femmes avaient besoin de retours d’expériences. Je me suis dit que je pouvais apporter quelque chose, raconter mon parcours professionnel, parler des défis auxquels j’ai dû faire face. Ce sont des échanges très frais parce que je me rends compte que moi j’ai accepté des choses plus jeune que ces femmes n’acceptent plus aujourd’hui. Fin octobre nous avons organisé un networking en web conférence avec plusieurs salles. Certaines pour échanger de façon informelle sur des ouvrages, des podcasts ou des thèmes comme femmes et sport par exemple, et des salles avec des thématiques plus professionnelles, la culture, l’énergie, les transports. On pense à organiser de nouveaux événements, à faire intervenir des femmes politiques ou des autrices, organiser des coachings de prise de parole en public. Même si tout doit se faire en ligne, on a la volonté d’aller de l’avant. 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *