Écrire « tous » en inclusif : double flexion, point médian ou formulation neutre
Le mot « tous » semble simple, jusqu’au moment où il faut l’utiliser dans une communication inclusive. Faut-il écrire « tous·tes », « toutes et tous », « tous et toutes », ou remplacer l’expression par une formulation neutre comme « chaque personne » ? Le bon choix dépend du contexte, du niveau de lisibilité recherché et du public visé.
L’écriture inclusive ne vise pas à compliquer les phrases. Elle cherche à rendre visibles les personnes concernées sans perdre en clarté. Avec « tous », la difficulté vient du fait que le masculin pluriel est souvent présenté comme générique, alors qu’il peut être perçu comme excluant ou imprécis. Voici les solutions les plus utiles pour choisir sans hésiter.
Pourquoi « tous » pose question en écriture inclusive
En français standard, « tous » peut désigner un groupe exclusivement masculin ou un groupe mixte. C’est ce qu’on appelle le masculin générique. Dans une phrase comme « Bonjour à tous », la grammaire traditionnelle considère que tout le monde est inclus. Dans l’usage réel, beaucoup de lectrices, de personnes non binaires ou de publics sensibles à l’égalité de genre y voient une forme d’invisibilisation.
L’écriture inclusive cherche justement à réduire cette ambiguïté. Elle propose de nommer explicitement les femmes, d’utiliser des formes contractées ou de reformuler avec des termes épicènes. Le choix n’est pas seulement grammatical, il touche aussi au ton, à l’accessibilité et à l’image que renvoie un texte.
Un mot court, mais très visible
« Tous » apparaît souvent dans des endroits stratégiques : titres, slogans, appels à l’action, mails collectifs, discours d’accueil, consignes, formulaires. Une formule comme « ouvert à tous » peut sembler neutre, mais elle installe d’emblée une norme masculine. À l’inverse, « ouvert à toutes et tous » signale immédiatement une intention inclusive, sans demander au lectorat de deviner qui est concerné.
Historiquement, l’expression « pour tous » a aussi une portée politique et universelle, notamment depuis le 18e siècle. La difficulté actuelle consiste donc à conserver cette idée d’universalité tout en évitant que l’universel soit exprimé uniquement au masculin.
Les principales formes inclusives de « tous »
Il n’existe pas une seule forme valable dans tous les cas. On choisit plutôt selon le support, la longueur du texte, le niveau de formalité et les habitudes de l’organisation. Les trois grandes familles sont la double flexion, le point médian et la reformulation épicène.
Guide officiel de la rédaction épicène et inclusive, Apprenez les règles et techniques pour rédiger des textes inclusifs et épicènes grâce aux recommandations de l’Office québécois de la langue française.
« Toutes et tous » ou « tous et toutes » : la forme la plus lisible
La double flexion consiste à écrire les deux formes : « toutes et tous » ou « tous et toutes ». Elle est facile à lire à voix haute, claire pour un large public et bien adaptée aux communications officielles, pédagogiques ou professionnelles. Dans un discours, un courriel d’équipe ou une page d’accueil, elle fonctionne généralement très bien.
Entre « toutes et tous » et « tous et toutes », le choix dépend du style. « Toutes et tous » est souvent privilégié pour rendre le féminin plus visible et corriger l’ordre masculin-féminin traditionnel. « Tous et toutes » reste compréhensible, mais conserve le masculin en première position. Dans une démarche inclusive assumée, « toutes et tous » est donc souvent plus cohérent.
« Tous·tes » : compact, mais à manier avec prudence
Le point médian permet d’écrire une forme contractée : « tous·tes ». Elle est courte et reconnaissable dans les milieux habitués à l’écriture inclusive. Elle peut être utile dans un tableau, une note interne, un visuel ou un texte où l’espace manque.
Ses limites sont réelles : la lecture à voix haute est moins naturelle, certaines personnes la trouvent moins fluide, et elle peut poser des problèmes d’accessibilité selon les outils de lecture ou les habitudes du public. Pour un texte grand public, mieux vaut ne pas l’utiliser partout. Une bonne pratique consiste à réserver « tous·tes » aux supports où la concision prime, et à préférer « toutes et tous » dans les phrases longues.
La formulation neutre : souvent la solution la plus élégante
La reformulation épicène évite de choisir entre masculin, féminin et forme contractée. Au lieu d’écrire « tous les participants », on peut écrire « l’ensemble des personnes participantes », « le public », « chaque personne inscrite » ou « les membres du groupe ». Cette méthode est particulièrement efficace quand on veut inclure aussi les personnes non binaires ou éviter une phrase trop lourde.
Le vrai socle d’une écriture inclusive réussie n’est pas le symbole choisi, mais la construction de la phrase. Avant de remplacer mécaniquement « tous » par « tous·tes », il faut se demander ce que le mot soutient dans la phrase : désigne-t-il un public, une obligation, une invitation, une communauté, un droit d’accès ? Cette analyse change tout. « Valable pour tous » peut devenir « valable pour chaque personne », « accessible à l’ensemble du public » ou « applicable sans distinction ». On ne fait alors pas seulement une correction de surface, on précise le sens et on garde un texte plus solide.
Tableau pratique : quelle alternative choisir selon le contexte ?
Le tableau ci-dessous permet de choisir rapidement une forme inclusive de « tous » selon le type de phrase. Il ne s’agit pas de règles absolues, mais de repères pour garder un texte à la fois juste et lisible.
| Forme de départ | Alternative inclusive | Quand l’utiliser | Point de vigilance |
|---|---|---|---|
| Bonjour à tous | Bonjour à toutes et tous | Mail, réunion, discours, message d’accueil | Très lisible, mais un peu plus long |
| Ouvert à tous | Ouvert à toutes et tous | Affiche, événement, annonce publique | Peut être remplacé par « ouvert à tout le monde » |
| Tous les candidats | Toutes les candidates et tous les candidats | Texte institutionnel ou RH | Forme lourde si elle revient souvent |
| Tous les inscrits | Les personnes inscrites | Formulaire, consigne, règlement | Solution neutre, claire et fluide |
| Merci à tous | Merci à toutes et tous | Remerciement oral ou écrit | Forme naturelle dans la plupart des contextes |
| Pour tous | Pour toutes et tous | Slogan inclusif, communication engagée | À tester selon le rythme du slogan |
| Tous·tes | Tous·tes | Note courte, tableau, support militant ou interne | Moins fluide à l’oral et parfois moins accessible |
Dans une communication professionnelle, la meilleure option est souvent de mélanger les solutions. On peut employer « toutes et tous » dans l’introduction, puis reformuler ensuite avec « les personnes concernées », « le public », « l’équipe » ou « les membres ». Cela évite l’effet répétitif et donne un style plus naturel.
Exemples concrets pour remplacer « tous » sans alourdir le texte
La théorie devient plus simple avec des phrases modèles. L’idée est de repérer la fonction de « tous » : saluer, inviter, informer, imposer une règle, remercier ou désigner un groupe.
Dans un mail ou une annonce interne
Au lieu de « Bonjour à tous, la réunion est déplacée à 14 h », on peut écrire : « Bonjour à toutes et tous, la réunion est déplacée à 14 h ». La phrase reste directe et naturelle. Si le message est très formel, « Bonjour à toutes et à tous » ajoute une légère solennité, mais peut sembler plus lourd.
Pour éviter les répétitions dans un long mail, alternez : « Merci à toutes et tous pour vos retours », puis « Les personnes concernées recevront le document dans la journée ». Cette combinaison rend le texte inclusif sans transformer chaque phrase en démonstration grammaticale.
Dans un formulaire, une consigne ou un règlement
Les documents pratiques gagnent souvent à utiliser des formulations neutres. « Tous les participants doivent présenter une pièce d’identité » devient « Chaque personne participante doit présenter une pièce d’identité » ou « Une pièce d’identité est demandée à l’entrée ». La deuxième version est encore plus fluide, car elle évite de nommer le groupe.
Dans un règlement, « tous les utilisateurs sont responsables de leur mot de passe » peut devenir « Chaque compte utilisateur reste placé sous la responsabilité de la personne qui l’utilise ». La phrase est plus longue, mais plus précise : elle parle de responsabilité individuelle, pas seulement d’un groupe.
Dans un slogan ou une page web
Les slogans demandent un équilibre entre inclusion et rythme. « Un service pour tous » peut devenir « Un service pour toutes et tous », mais aussi « Un service accessible à chacun et chacune » ou « Un service ouvert à tout le monde ». La dernière option est très lisible, conviviale et inclusive dans l’usage courant.
Sur une page web, il faut aussi penser au référencement, à la lecture rapide et aux boutons d’action. Un bouton comme « Voir tous les produits » n’a pas forcément besoin d’être inclusivisé, car « tous » qualifie ici des objets. En revanche, « Tous nos experts vous accompagnent » peut devenir « Notre équipe d’expertise vous accompagne », ce qui évite le masculin générique et améliore même le style.
Erreurs fréquentes et ressources utiles pour progresser
La première erreur consiste à remplacer « tous » de manière automatique. L’écriture inclusive n’est pas une opération de copier-coller : une forme correcte dans un tract militant peut être moins adaptée à un document administratif, et une formulation neutre parfaite dans une consigne peut paraître froide dans un message chaleureux.
La deuxième erreur est d’accumuler les marques inclusives dans une même phrase. Par exemple : « Tous·tes les participant·es inscrit·es sont invité·es » peut vite devenir difficile à lire. Une version plus fluide serait : « Les personnes inscrites sont invitées » ou « Toutes les personnes participantes sont invitées ». La clarté doit rester prioritaire.
La troisième erreur est d’oublier les cas où « tous » ne concerne pas des personnes. Dans « tous les documents », « tous les fichiers » ou « tous les résultats », il n’y a pas d’enjeu de genre humain. Il est donc inutile d’écrire une forme inclusive. L’attention doit porter sur les groupes de personnes : publics, élèves, collègues, clients, candidates, membres, usagers.
Pour affiner ses pratiques, on peut s’appuyer sur des guides d’écriture inclusive, des glossaires de termes épicènes et des tableaux de correspondance. Au Québec, les recommandations d’usage inclusif apparaissent dès 1979, ce qui montre que la réflexion n’est pas récente. En France, la féminisation des noms de métiers et de fonctions a également connu une étape importante en 2019 avec la position de l’Académie française sur la féminisation des titres.
La méthode la plus sûre reste simple : repérer les occurrences de « tous », vérifier si elles désignent des personnes, puis choisir entre trois options. Pour un message chaleureux, utilisez « toutes et tous ». Pour un support court ou militant, « tous·tes » peut convenir. Pour un texte fluide, durable et accessible, privilégiez souvent une formulation neutre comme « le public », « les personnes concernées » ou « l’ensemble de l’équipe ».
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