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Sororité : une solidarité entre femmes, de l’origine latine à l’usage féministe

Élise Bourdarel-Landais 8 min de lecture

La sororité désigne, dans son sens actuel, une solidarité entre femmes fondée sur l’entraide, la reconnaissance mutuelle et l’expérience partagée de certaines réalités sociales. Le mot est souvent présenté comme l’équivalent féminin de la fraternité, mais son usage contemporain lui donne une portée plus nette : il ne renvoie pas seulement à un lien affectif, il exprime aussi un soutien collectif face aux inégalités et aux rapports de domination.

Une définition simple de la sororité

Au sens lexical, la sororité renvoie d’abord à ce qui unit des femmes entre elles, par analogie avec le lien entre sœurs. Dans l’usage actuel, elle désigne surtout une entraide entre femmes : se soutenir, se croire, se relayer, s’encourager, partager des informations utiles ou refuser les logiques de rivalité imposées.

Qu’est-ce que la sororité ? La sororité n’est pas une mode, elle …

Cette définition va au-delà de la simple sympathie. La sororité suppose un lien horizontal : aucune femme n’est placée au-dessus des autres, et le soutien ne dépend pas d’une ressemblance parfaite de parcours, d’âge, d’origine sociale ou d’opinion. Elle peut se manifester dans la vie quotidienne, au travail, dans des cercles militants ou dans des espaces de parole, mais aussi dans des gestes très concrets : recommander une collègue, accompagner une victime de violence, partager une ressource, défendre une parole injustement discréditée.

Un mot relationnel, pas seulement militant

La sororité est souvent associée au féminisme, mais elle ne se limite pas aux militantes. On peut l’employer pour parler d’une relation de soutien entre femmes dans un groupe professionnel, familial, associatif ou amical. Sa force vient du fait qu’elle nomme une solidarité située : elle rappelle que les femmes ne vivent pas seulement des relations individuelles, elles affrontent aussi des expériences liées à leur place dans la société.

Dire qu’il y a sororité ne signifie pas que toutes les femmes pensent pareil ou qu’elles doivent toujours être d’accord. Cela veut plutôt dire qu’un soutien collectif peut devenir nécessaire quand certaines difficultés se répètent : sexisme ordinaire, charge mentale, violences, inégalités de carrière, invisibilisation ou mise en concurrence.

D’où vient le mot sororité ?

Le mot vient du latin soror, qui signifie « sœur ». On rencontre aussi la forme sororitas, liée à l’idée de lien entre sœurs. Cette origine explique la proximité avec la fraternité, issue de frater, « frère ». Les deux termes reposent donc sur une même logique : nommer une relation symbolique à partir du vocabulaire familial.

Comprendre la sororité : définition, origines et enjeux, Découvrez la signification profonde de la sororité et son rôle essentiel dans la solidarité entre les femmes.

De la sœur biologique au lien symbolique

Comme souvent dans l’histoire des mots, le sens s’est élargi. La sœur n’est plus seulement la personne avec qui l’on partage des parents ; elle devient une figure de proximité, d’alliance et de communauté. Dans le latin médiéval, le mot peut être rattaché à des formes de vie religieuse féminine, notamment des communautés de femmes. La sororité a ainsi longtemps porté une nuance de regroupement, de condition partagée ou d’appartenance à un même ordre.

Le terme connaît ensuite des réemplois en français, notamment à partir du XVIe siècle. Rabelais est régulièrement cité dans l’histoire du mot, car il participe à faire circuler cette forme savante construite sur le latin. À ce stade, la sororité n’a pas encore le sens politique contemporain qu’on lui donne aujourd’hui. Elle reste d’abord liée à l’idée de qualité ou d’état de sœurs.

Pourquoi le mot paraît parfois récent

Si la racine est ancienne, l’usage moderne paraît récent parce que le mot a été réactivé par les mouvements féministes. Beaucoup de personnes découvrent la sororité dans un contexte social, politique ou médiatique, alors que son histoire linguistique est plus longue. Cette combinaison crée parfois une impression de nouveauté : un mot ancien peut retrouver une actualité forte quand il permet de nommer une réalité collective qui manque encore de mots simples.

Comment le sens a évolué avec les mouvements féministes

Le tournant s’opère lorsque la sororité cesse d’être seulement un terme de relation ou de communauté pour devenir un outil d’empouvoirement collectif. Les mouvements féministes des années 1970 contribuent à cette évolution. Le mot permet alors de dire que les femmes peuvent s’organiser entre elles, partager leurs expériences et transformer des problèmes perçus comme individuels en enjeux politiques.

Cette évolution est importante : la sororité ne décrit plus seulement un sentiment chaleureux, mais une pratique sociale. Elle invite à déplacer le regard. Une femme isolée face à une discrimination peut se croire seule ; plusieurs femmes qui comparent leurs expériences peuvent identifier un mécanisme commun. Le mot donne une forme claire à cette prise de conscience, et c’est ce qui le rend utile dans le débat public.

Un concept renforcé par les mobilisations contemporaines

La notion s’est de nouveau diffusée avec les mobilisations féministes récentes, notamment autour de #MeToo et de la quatrième vague féministe. Dans ce contexte, la sororité sert souvent à désigner l’écoute des victimes, le refus de la culpabilisation, la circulation de témoignages et la construction d’espaces où la parole des femmes est prise au sérieux.

Elle peut aussi être invoquée lors de manifestations pour les droits des femmes, comme celles mentionnées en 2018 dans les repères historiques liés au terme. Dans ces cadres, la sororité devient visible : slogans, pancartes, collectifs, réseaux de soutien, prises de parole publiques. Le mot passe alors du dictionnaire à la rue, des textes théoriques aux usages ordinaires.

La sororité suppose enfin une forme de lucidité. Soutenir une femme ne veut pas dire approuver automatiquement chaque parole ni effacer les désaccords. Cela signifie refuser que le jugement commence toujours par la suspicion, la minimisation ou la mise à l’épreuve. Une solidarité durable repose sur un rééquilibrage des réflexes sociaux. Elle demande de distinguer ce qui relève d’un conflit personnel, d’une violence structurelle, d’une asymétrie de pouvoir ou d’un besoin de réparation.

Sororité, fraternité, sisterhood, adelphité : quelles différences ?

Ces termes appartiennent au même champ de la solidarité, mais ils ne disent pas exactement la même chose. Les distinguer permet d’éviter deux erreurs fréquentes : réduire la sororité à une simple fraternité « au féminin » ou, à l’inverse, croire qu’elle exclut toute forme de lien universel.

Terme Sens principal Nuance d’usage
Sororité Solidarité entre femmes Terme fortement associé au féminisme, à l’entraide et à l’empouvoirement collectif
Fraternité Lien de solidarité entre personnes, historiquement construit sur l’image des frères Terme plus général, mais marqué par une racine masculine
Sisterhood Équivalent anglais de sororité Très présent dans les féminismes anglophones, en opposition implicite à brotherhood
Adelphité Solidarité entre personnes sans marquage de genre Terme plus inclusif, issu d’une racine grecque renvoyant aux adelphes, membres d’une même fratrie

Pourquoi la sororité n’est pas une simple copie de la fraternité

La fraternité possède une forte valeur dans l’histoire politique française, notamment comme idéal de lien social. Mais son vocabulaire repose sur le frère. La sororité rend visible un autre imaginaire : celui des sœurs, des femmes alliées et des expériences féminines partagées. Elle ne remplace pas forcément la fraternité ; elle la questionne, la complète et, parfois, la critique lorsqu’un universel présenté comme neutre repose en réalité sur un langage masculin.

Le mot sisterhood fonctionne de manière proche dans les pays anglophones. Il renvoie à une communauté de femmes qui se reconnaissent dans un combat commun ou une condition partagée. L’adelphité, de son côté, cherche à dépasser le binôme frère/sœur en proposant une solidarité non genrée. Elle peut être utile lorsque l’on veut inclure des personnes qui ne se reconnaissent pas dans une catégorie strictement féminine ou masculine.

Employer le mot sororité aujourd’hui sans le vider de son sens

La sororité est devenue un mot courant dans les médias, les réseaux sociaux, les milieux associatifs et les conversations sur l’égalité femmes-hommes. Cette popularité a un avantage : elle rend plus visible l’idée que les femmes peuvent se soutenir collectivement. Elle comporte aussi un risque : transformer le terme en slogan vague, réduit à une bienveillance générale.

Des exemples d’usage concrets

On peut parler de sororité lorsqu’un collectif accompagne des femmes victimes de violences, lorsqu’un réseau professionnel aide des femmes à accéder à des postes où elles sont sous-représentées, ou lorsqu’un groupe refuse de relayer des stéréotypes sexistes. On peut aussi l’employer dans des situations plus ordinaires : recommander le travail d’une créatrice, prendre la parole pour éviter qu’une collègue soit interrompue, transmettre une information sur les droits sociaux, soutenir une amie dans une procédure difficile.

Pour que le mot garde sa valeur, il doit rester lié à des actes. La sororité n’est pas une obligation d’aimer toutes les femmes ni une interdiction de critiquer. C’est une éthique de soutien attentif, consciente des inégalités et capable de créer des alliances. Sa définition la plus juste tient donc en une formule simple : une solidarité entre femmes qui transforme l’expérience partagée en force collective.

Élise Bourdarel-Landais

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