Portrait du réseau #29 – Hannah Berkouk

« Il faut se demander en permanence si tu as le sentiment que l’aventure professionnelle continue de te faire grandir personnellement. »

Hannah Berkouk est diplômée de Sciences Po Lille en 2011. Après plusieurs expériences dans la communication et comme attachée de presse, elle a travaillé dans le mécénat. Elle a rejoint l’entreprise Hello Asso en 2016 et en est aujourd’hui Directrice Générale.

Comment et pourquoi as-tu choisi de faire Sciences Po ?

J’hésitais entre une école de commerce et Sciences Po. Je ne me faisais pas confiance, j’avais peur de me laisser emporter par une machine puissante comme l’école de commerce et c’est pour ça que j’ai choisi un IEP. Je savais par contre que je ne voulais pas me retrouver à 40 ans à faire quelque chose qui n’a pas de sens. Que ce soit une école de commerce ou un IEP, j’y allais de par ma curiosité, mon envie d’apprendre et de toucher à plein de sujets qui m’intéressent.

Que retiens-tu de ta scolarité là-bas ?

La qualité des êtres humains, étudiants, professeurs et directeur. Il y avait une belle énergie et des personnes remarquables qui partageaient mes valeurs. Notre cérémonie de remise des diplômes s’est ouverte sur Heal the world de Michael Jackson ; j’étais contente qu’on nous dise après l’IEP d’aller faire du monde un meilleur endroit.

Tu as validé un master en parallèle, pourquoi ?

Avec du recul, je me suis rendue compte qu’un.e sciencepiste a une approche 360 des problématiques et des enjeux, ce sont des profils intéressants, plus nuancés en entreprise. Mais j’estime qu’il vaut mieux compléter avec un diplôme. Les entreprises cherchent davantage des expertises que des profils généralistes. J’ai fait un master à Paris en marketing et communication en alternance dans une agence de communication et de comptabilité. Ça a posé des fondations dans mon parcours professionnel. En entretien, cette alternance m’a servi car j’arrivais avec un an d’expérience en communication.

Tu as ensuite continué dans le mécénat, comment ça s’est passé ?

Depuis la première, au lycée, j’avais un intérêt pour le financement d’intérêt durable. Le mécénat est ma première grosse expérience professionnelle. Je travaillais pour Admical, une organisation qui promeut le mécénat en France. Je donnais des formations à des associations qui cherchaient des fonds privés. J’ai collaboré sur une formation avec la cofondatrice d’Hello Asso, Léa Thomassin. Il y a eu une ouverture de poste et j’ai postulé. J’ai rejoint une start-up de dix personnes. J’ai quitté mon CDI et Paris où j’avais mes amis et je suis partie à Bordeaux, ville que je ne connaissais pas, pour un CDD.

Comment quitte-t-on un CDI pour un CDD ?

Dans son livre En avant toutes, Sheryl Sandberg dit aux femmes de ne pas regarder ce que vaut votre poste à un instant T mais son potentiel de développement. Il faut prendre en compte les perspectives d’évolutions ou de salaire. Chez Hello Asso j’étais convaincue par le projet et les personnes qui le portaient. Aujourd’hui, cinq ans plus tard, on est 80. J’ai changé de poste plusieurs fois, au gré des évolutions de l’entreprise. 

Comment faire pour évoluer ainsi dans une entreprise ?

Mon conseil, c’est de saisir les opportunités ; si j’étais restée trop sur mon plan initial en arrivant dans l’entreprise, je n’en serais pas là. Avoir le sens de l’adaptation est essentiel, je pense que c’est une compétence et qu’elle se travaille. Pour ce faire, il y a quelque chose de l’ordre de la confiance, du lâcher prise ; ce n’est pas ce que j’avais prévu, je reconsidère, je vois ce que je vais pouvoir en tirer. Il faut se demander en permanence si ce changement accompagne une évolution personnelle, si tu as le sentiment que l’aventure professionnelle continue de te faire grandir personnellement. Si c’est le cas, l’horizon des possibles est beaucoup plus large.

Tu parlais de confiance en soi au début de notre échange, comment as-tu travaillé sur ce point ?

Quand on se rend compte qu’on est la somme de ses choix et qu’on voit ce qu’on a construit, ça donne confiance. Léa Thomassin m’a fait regarder une conférence TED de Amy Cuddy, Fake it until you make it. Elle m’a beaucoup servi. Je ne sais pas encore mais je fais comme si c’était le cas, je me mets dans des dispositions physiques et psychologiques adéquates. Tu leurres ton cerveau, tu fais une petite croix sur la voix qui te dit que tu ne sais pas faire. 

Quelles sont tes missions en tant que DG ?

Il y a à la fois un aspect de pilotage et de direction afin que l’entreprise remplisse ses objectifs et que la boîte soit rentable, et un aspect culture et promotion des valeurs. Nous avons un fonctionnement participatif donc faire en sorte que chacun participe et atteigne les objectifs fixés collectivement. Il y a une culture d’entreprise qui fait que les femmes se sentent libres d’évoluer. Le binôme de cofondateurs est mixte ce qui pose à mon sens des fondations saines. Si Léa Thomassin m’a montré la conférence d’Amy Cuddy, c’est Ismaël Le Mouël qui m’a conseillé de lire En avant toutes

Es-tu confrontée à du sexisme en tant que DG ?

Lors de rendez-vous externes, il est très fréquent et récurrent que l’interlocuteur s’adresse uniquement à mon collègue masculin. Il faut avoir des alliés, y compris des hommes. Dans ces moments, c’est le collègue qui rappelle à l’interlocuteur que c’est moi qui suis la mieux placée pour répondre sur tel ou tel point.

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