Portrait du réseau #24 – Julie Telfour

« Se dire entrepreneuse c’est adopter une posture, c’est être identifiée comme telle, ça permet de se mettre en avant et c’est porteur pour lancer son projet. »

Julie Telfour est diplômée de Sciences Po Aix en 2016. Elle s’est ensuite formée en design et innovation à l’école centrale de Lyon avant de se lancer dans l’urbanisme, chez JCDecaux notamment. Aujourd’hui, elle travaille comme chargée des communautés d’entrepreneuses et futures entrepreneuses chez Empow’Her, une entreprise qui a vocation à accompagner les femmes qui veulent entreprendre.

Quand tu es entrée à Sciences Po, ton projet était-il déjà structuré ?

Non et ça a mis du temps. Ça s’est fait en deux étapes ; d’abord je suis entrée dans la junior entreprise qui est une association qui propose des missions aux étudiants pour des entreprises. J’ai su à ce moment là que je m’orienterai plus vers du privé. Puis j’ai fait mon mémoire sur les fablabs, des espaces de rencontres entre publics différents et avec l’idée que chacun peut fabriquer et innover. C’était une voie parallèle dont on ne nous parlait pas beaucoup à Sciences Po et c’est pourquoi j’ai fait un master à l’école centrale de Lyon en design et innovation. Les choses ont commencé à se structurer ; j’ai eu envie de travailler sur des sujets d’aménagement du territoire et de la ville.

Le féminisme était-il central dans ta scolarité et pensais-tu alors l’inclure dans ta carrière ?

Il était présent mais moins verbalisé. On en parlait moins. Quand j’ai commencé l’urbanisme, le prisme du genre est assez vite apparu, c’était des données à prendre en compte. Le fait d’allier féminisme et vie professionnelle s’est fait au fur et à mesure. Et puis il y a deux-trois ans, j’ai vu les les limites de mon poste à ce niveau-là. J’avais envie de changer de travail, de voir d’autres perspectives. Ça m’a pris du temps avant de trouver ce qui me conviendrait.

Et tu as trouvé Empow’her, qu’est-ce qui t’a attiré dans cette entreprise ?

Son objet mais aussi la structure humaine ; ça bouge tout le temps, tout le monde est au même niveau, c’est dynamique, c’est libérateur. Et le fait de pouvoir allier conviction et vie professionnelle.

En quoi est-ce libérateur ?

On intériorise beaucoup de choses dans le monde professionnel : le respect de la hiérarchie, le management par la peur, le fait de se mettre des freins. Là on peut se faire confiance et tenter des choses. Je crois que ce n’est pas tant une question de taille mais de personnes. Chez Empow’her, les valeurs font partie du processus du recrutement et on vérifie si la façon de travailler du ou de la candidate va nous correspondre.

Quelles difficultés reviennent pour les femmes qui veulent entreprendre ?

Il y a des freins qu’on retrouve aussi bien en France, qu’au Niger ou en Côte d’Ivoire et le premier c’est de ne pas se reconnaître comme entrepreneuse. Il y a plein de femmes qui font des choses, qui ont tout ce qu’il faut et à qui il manque seulement ça. Se dire entrepreneuse c’est adopter une posture, c’est être identifiée comme telle, ça permet de se mettre en avant et c’est porteur pour lancer son projet. Le deuxième frein c’est le manque d’informations. En France par exemple il existe plein de dispositifs pour les entrepreneur.se.s. Mais les femmes ne savent pas où chercher et à qui s’adresser. C’est là que le réseau est très important ! Enfin, il peut y avoir un besoin de montée en compétences.

Comment bénéficier de l’accompagnement Empow’Her ?

Notre objectif est de connecter les femmes et de leur apporter des ressources. Nous avons créé un groupe Facebook qui commence à grossir et être connu. Il est ouvert à toutes, peu importe l’avancée du projet. Les femmes peuvent juste être au stade où elles se questionnent sur ce qu’elles veulent faire. L’idée c’est de se parler, se rencontrer, organiser des événements, communiquer sur les acteurs du secteur. On veut aussi organiser des rencontres en ligne.

Des conseils pour les femmes intéressée par l’ESS (économie sociale et solidaire) ?

Être curieuse, se renseigner, aller voir des conférences, ne pas hésiter à se dire que ses valeurs sont compatibles avec sa vie professionnelle. Se poser des questions, parler de son projet, ne pas avoir peur de contacter telle personne. C’est en cela que SPAF c’est très bien puisque l’association connecte tous les IEP, toutes les promos et permet d’avoir des profils et des projets très différents.

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