Portrait du réseau #28 – Manon Cauchoix

« Il faut être fière d’être féministe en tant que personne mais aussi en tant qu’entreprise. » 

Manon Cauchoix est diplômée de Sciences Po Lyon en 2018. Elle a ensuite été formée à l’ENS Lyon et à l’ESCP, une école de commerce où elle a appris à entreprendre. A la fin de ses études en mars 2020, elle a lancé TalQ, une plateforme d'(auto)éducation aux sexualités pour libérer la parole autour de ces sujets. Elle produit notamment un podcast et tient un blog, une newsletter et un compte Instagram. 

Qu’est ce qui t’a plu à Sciences Po Lyon ? 

J’ai choisi cet IEP pour son ouverture à l’internationale plus importante à mes yeux que les autres IEP. Je voulais faire de la diplomatie afin de développer et exploiter ma double culture franco-japonaise. J’ai ensuite eu la chance de pouvoir intégrer le Master Asie Orientale Contemporaine ASIOC – Parcours entreprise de l’ENS Lyon. Je ne peux que conseiller d’oser postuler si cela vous intéresse. L’ENS est une institution dont le prestige fait parfois peur mais si votre projet est clair et que vous montrez votre détermination, ça se tente complètement. J’ai rencontré des gens passionnants et engagés à l’ENS, parfois plus qu’à Sciences Po. 

Que t’a apporté ce « parcours entreprise » à l’ENS Lyon ? 

Il est plutôt pensé pour devenir chargée de développement international, chargée de mission export ou encore communicante interculturelle. Je ne le recommanderais pas forcément pour de l’entrepreneuriat pur mais il peut tout à fait convenir pour rejoindre une startup en pleine croissance qui souhaite se développer en Asie. Ce master m’a permis de comprendre certains aspects de ma propre culture et de savoir comment et pour qui travailler au Japon pour mon stage de fin d’études. J’ai donc été assez exigeante dans ma recherche de stage. Je ne l’aurais jamais imaginé mais je suis partie travailler à Berlin pour une startup allemande, une agence de voyages, où je développais la branche Japon ; c’était ma première expérience intrapreneuriale. 

A quel moment l’entrepreneuriat a commencé à t’intéresser ? 

En entrant à Sciences Po, j’ai très vite déchanté sur le monde de la fonction publique, j’avais l’impression que je ne pourrais pas avoir d’impact. Je me suis donc orientée vers le privé en multipliant les expériences professionnelles, mais les grosses entreprises m’ont fait tout aussi « peur » que la fonction publique quant à ma liberté d’action et d’impact. L’entrepreneuriat me faisait donc de plus en plus de l’œil à la fin de mes études à Sciences Po. A Berlin, j’ai découvert une plus grande égalité des genres et une liberté sexuelle que je pensais naïvement plus ou moins acquise en France à l’époque. Cette expérience a réveillé mon féminisme et confirmé mon envie d’entreprendre. 

Tu as sauté le pas après ton passage à l’ESCP, comment ça s’est passé ? 

Après un an dans cette entreprise allemande, j’ai enfin osé postuler dans des écoles de commerces. J’ai été admise à l’ESSEC, HEC et l’ESCP que j’ai finalement choisie. J’ai intégré un master pour apprendre à entreprendre. Certain.e.s entrepeneur.e.s pensent qu’il vaut mieux utiliser cet argent pour l’investir dans sa boîte ou le garder pour vivre au moment de se lancer. Je comprends, mais sans ce master je n’aurais jamais osé entreprendre aussi tôt et j’aurais fait encore plus d’erreurs de primo-entrepreneure. J’y ai appris l’idéation, la création d’un mvp (minimum viable product pour se lancer sur un marché), la recherche de son product market fit, la comptabilité, les outils pour gagner du temps, comment actionner son réseau, le monde des investisseurs et business angels. Cette formation donne surtout l’état d’esprit pour se lancer et oser, la dynamique de tester ses idées au plus vite et de se concentrer sur un projet précis. Elle implante le « virus » de l’entrepreneuriat. Même si j’échoue aujourd’hui et que j’arrête un moment d’entreprendre, je suis sûre que je retenterai. 

Tu as donc lancé TalQ, peux-tu me décrire ce projet ? 

A la fin de ma formation, en mars 2020, j’ai lancé le podcast TalQ – Entreprendre dans la sexualité

J’y interrogeais des entrepreneur.e.s au sens chef.fe d’entreprise. J’ai ensuite élargi aux personnes qui aident à penser et construire les sexualité d’aujourd’hui et de demain. En parallèle, j’ai lancé TalQ Store, un concept store pour libérer la parole sur les sexualités, que j’ai décidé de fermer pour me concentrer sur la partie contenus, le podcast mais aussi la newsletter, le blog et le compte Instagram. L’idée est de devenir la première plateforme et communauté d'(auto)éducation aux sexualités avec des échanges avec des experts mais aussi des pairs. Je m’adresse de façon positive, ludique et inclusive aux femmes et hommes cis et transgenres, aux jeunes, aux plus âgés, aux personnes racisées, aux personnes vivant avec un handicap etc. 

Pourquoi as-tu choisi ce sujet ? 

TalQ Univers part d’un constat simple : le premier « problème » dans la sexualité c’est d’abord d’oser parler de ce qu’on aime ou de ce qu’on n’aime pas, d’oser se renseigner et savoir parler de sexualité aussi sérieusement qu’on parlerait de nos relevés de comptes. TalQ c’est l’addition des constats très personnels, après plusieurs relations, 5 ans en couple mais aussi l’influence de Berlin et sa plus grande liberté sur le sujet de la sexualité. C’est d’abord une réponse à mes questions.

Définis-tu ton entreprise comme féministe ? 

TalQ est une safeplace féministe. J’ai mis longtemps à assumer le mot pour mon entreprise alors que je le faisais pleinement de manière personnelle. J’avais peur de faire peur ou d’être accusée de feminism washing. Cette réflexion était constante au début du projet. Et puis c’est devenu trop difficile de séparer mon féminisme des valeurs de TalQ. Il faut être fière d’être féministe en tant que personne mais aussi en tant qu’entreprise. 

Est-ce compliqué de parler sexualité ? 

De manière entrepreneuriale le milieu de la Sextech fait peur même s’il est en plein essor. Il est souvent encore caché derrière la Femtech ou le seul prisme de la santé et du bien-être. Les notions de plaisirs et d’érotisme restent tabou ou vulgaires. Tous les financements et le simple fait d’ouvrir un compte en banque pour son entreprise sont des défis pour les entrepreneur.e.s de ce milieu. Faire de la promotion sur les réseaux sociaux l’est aussi, de par la censure de Facebook et d’Instagram. 

Plus généralement, quelle est la plus grosse difficulté ? 

Trouver son business model est l’une des plus grandes difficultés. La monétisation est aussi quelque chose de compliqué. J’ai des revenus de TalQ Store évidemment et ça commence à peine pour la partie média. Mais j’y crois, surtout pour la partie podcast, avec des annonceurs et des collaborations. 

Tu parlais plus tôt d’erreurs de primo-entrepreneures, quels conseils pour se lancer ? 

Ne pas vouloir aller trop vite tout en essayant de valider son idée rapidement avec de premiers clients, et non pas des proches. Compter son argent, personnel comme celui investi et brassé dans la boîte. Se poser très régulièrement la question, est-ce que j’aime toujours ce que je fais ? Est-ce que je réponds à un vrai problème de vie, de société ? Est-ce que la solution que je propose répond vraiment au problème que j’expose ? C’est vraiment un marathon ; il ne faut pas courir trop vite et s’épuiser. Faire attention aux signes de son corps comme les maux de tête ou les rhumes par exemple, et surtout prendre du plaisir à travailler autant. Je conseille également de ne pas s’isoler, je travaille seule pour le moment mais je suis sans cesse en contact avec d’autres entrepreneur.e.s, influenceur.seuse.s, du milieu. Pour créer mon podcast, j’ai notamment regardé des vidéos de Matthieu Stefani et Pauline Laigneau, et je suis dans une communauté de podcasteur.euse.s, Podcast makers. 


Vous pouvez retrouver Manon…

Manon a décidé de fermer la partie concept store de TalQ afin de se concentrer sur la partie contenu et vous propose une réduction de 15% sur ses stocks restants alors n’hésitez pas à aller vous faire plaisir !

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